Carner Barcelona Reviewed : Rima XI

3–4 minutes

J’ai longtemps hésité a poster cette revue, non pas parce que je déteste ce parfum, mais parce que c’est la première fois que je me retrouve face à un parfum qui a besoin d’être autant apprivoisé.

Lancé en 2013 et signé par la nez Sonia Constant, ce parfum illustre en odeurs le poème Rima XI de Gustavo Adolfo Bécquer.

Un poème court, presque minimaliste, mais d’une efficacité redoutable. Il met en scène trois figures féminines qui s’adressent à un homme :

  • La première se décrit comme passionnée, ardente, charnelle
  • La deuxième comme tendre, douce, dévouée
  • La troisième, elle, est tout autre chose : immatérielle, inaccessible, presque irréelle

Face à ces trois propositions, le narrateur est sans appel.

Il rejette les deux premières femmes. pourtant désirables, concrètes, humaines, pour choisir la troisième. La seule qu’il ne pourra jamais avoir.

C’est un poème sur le désir de l’inatteignable. Sur cette tendance profondément humaine à préférer le fantasme à la réalité, l’idéal à ce qui est à portée de main et tangible. .

Vous l’avez compris, le récit olfactif de Rima XI entre le premier spray au dry-down est poétique, presque cinématographique. et vous allez vite comprendre pourquoi je parle « d’apprivoiser. 

Sur peau, ça donne quoi ?

Une épice qui ne crie pas

Dès l’ouverture, Rima XI joue un jeu imprévisible, pour ne pas dire étrange. Sur papier, la formule annonce un festival d’épices: cardamome, poivre noir, safran, menthe. De quoi faire peur aux mordus de clean scents. 

Mais sur peau ? Rien de brutal. Rien de frontal.

C’est une épice adoucie, presque feutrée. Une cardamome laiteuse, légèrement fraîche, qui évoque plus un chai tiède qu’un souk à Marrakech ardent. La menthe, elle, ne rafraîchit absolument pas, elle polit, aère. 

Très vite, le cœur prend le relais, on est sur de la cannelle, muscade, et jasmin. Et là encore, à ma grande surprise, pas d’extravagance. Tout est fondu, lissé, crémeux, beau.  

Le piège : une gourmandise qui n’en est pas une

En lisant les notes on pourrait croire à un gourmand. Vanille, benjoin, bois, ambre… tout y est, c’est vrai.   

Mais Rima XI fidèle à son imprévisibilité refuse le cliché. 

Ce n’est pas un dessert. C’est le souvenir d’un dessert. Une vanille poudrée, mais jamais sucrée. Un bois crémeux, mais jamais sec. Une chaleur qui reste au bord de la peau. 

Et pour avoir pu porter ce parfum tout ce mois de mars, le résultat est fascinant mais je l’avoue très TROUBLANT : certains jours il sent un gâteau épicé, d’autres jours le linge propre, et parfois même une peau chaude après la douche.

Un peu comme une « roulette russe » olfactive, on ne sait jamais à l’avance quelle version de ce parfum va nous accueillir.

Certains diront qu’il est mal construit, et je ne suis absolument pas d’accord. C’est le genre de parfums que je trouve intéressant même s’il est intimidant car il n’est jamais totalement stable, et soyons réalistes, être en mesure de construire de l’instabilité dans quelque chose qui se veut « mesuré » par nature relève de l’art. 

Une esthétique de l’intime

Rima XI ne projette pas, il habite.

Malgré ses notes qui peuvent terroriser les phobiques des épices, la projection est intime, presque confidentielle. C’est un parfum qui demande de s’approcher. Qui se révèle dans le mouvement, dans la chaleur du corps.

En d’autres termes : ce n’est pas un parfum pour être remarqué. C’est un parfum pour être découvert.

Le vrai sujet : la retenue

Ce que je remarque et adore avec Rima XI, ce n’est pas ce qu’il fait, c’est ce qu’il refuse de faire.

  1. Il refuse d’être vraiment gourmand
  2. Il refuse d’être vraiment épicé
  3. Il refuse d’être vraiment floral

Il flotte entre les catégories. Et dans une industrie obsédée par la lisibilité et les étiquettes à outrance cette imprévisibilité est intimidante. 

Mais personnellement? Je suis fan. On change du registre des parfums « linéaires ». 

Mon verdict ?

Rima XI est un parfum de contradiction. 

Un parfum chaud mais aérien. Épicé mais doux. Présent mais presque invisible. Il ne cherche pas à séduire la majorité, et c’est précisément ce qui fait son charme.

En bref, Rima XI, c’est une caresse épicée mais indécise, qui hésite entre peau et souvenir, et qui choisit finalement, de rester entre les deux.